Repenser les conseils bien-être et santé à l'ère des maladies chroniques
À l’heure où les réseaux sociaux regorgent de routines matinales idéales, de pratiques bien-être “miracles” et de conseils santé universels, une réalité essentielle est souvent oubliée : ces recommandations ne sont pas adaptées à tout le monde.
Pour les personnes atteintes de maladies chroniques, elles peuvent même devenir inappropriées, culpabilisantes, voire parfois délétères.
En tant que praticienne en naturopathie spécialisée en phytothérapie, il est fondamental de rappeler une chose simple mais souvent négligée : le corps malade ne répond pas aux mêmes règles que le corps en bonne santé.
La charge mentale invisible de la maladie chronique
Vivre avec une maladie chronique, ce n’est pas seulement gérer des symptômes physiques.
C’est aussi composer avec une charge mentale constante : anticiper les douleurs, organiser son énergie, adapter son quotidien, faire des choix permanents entre repos et activité.
Dans ce contexte, les conseils classiques comme “planifier ses repas maison" “se lever tôt”, “faire du sport régulièrement” peuvent devenir une source de pression supplémentaire.
Préparer un repas équilibré peut être une tâche complexe lorsque la fatigue est écrasante. Méditer peut être délétère et énergivore en cas de troubles nerveux ou d'épuisement.
Douleur chronique et énergie fluctuante : une réalité ignorée
Contrairement à une vision linéaire de la santé, les maladies chroniques impliquent souvent une variabilité importante des symptômes. L’énergie disponible fluctue, parfois d’heure en heure.
Le sommeil peut être perturbé, non pas par manque de discipline, mais à cause de la douleur ou de dérèglements physiologiques.
Le mouvement n’est pas toujours possible, ni souhaitable selon les atteintes.
La récupération ne suit pas les normes habituelles.
Dans certaines pathologies comme l’encéphalomyélite myalgique / syndrome de fatigue chronique (EM/SFC), l’effort peut entraîner une aggravation durable des symptômes (malaise post-effort).
Dans ces cas, encourager une activité physique régulière ou du renforcement musculaire sans adaptation peut être contre-productif, voire dangereux.
Méditation, respiration, régulation du système nerveux : utiles, mais pas universels
La régulation du système nerveux est aujourd’hui très médiatisée. Techniques de respiration, méditation, cohérence cardiaque… Ces outils peuvent être très utiles et nécessaires.
Mais ils ne sont pas neutres.
Certaines pratiques demandent une mobilisation cognitive et énergétique importante.
Pour des personnes épuisées, douloureuses ou en surcharge neurologique, elles peuvent devenir énergivores, voire augmenter l’inconfort.
De plus, penser que la régulation nerveuse suffit à “réparer” un organisme en souffrance est une simplification excessive. Elle peut aider, accompagner, soutenir mais elle ne constitue pas un remède universel.
Les dérives des conseils “bien-être” généralisés
Certains conseils populaires peuvent être particulièrement problématiques chez les personnes fragilisées :
1. Le jeûne et les “détox”
Souvent présentés comme des pratiques purifiantes, ils peuvent être inadaptés voire nocifs chez des personnes déjà dévitalisées, en déficit nutritionnel ou en état inflammatoire chronique. Le corps n’a pas toujours les ressources pour supporter une restriction.
2. L’activité physique systématique
Le mouvement est bénéfique… mais pas dans tous les contextes, ni à toutes les doses. L’injonction à “bouger tous les jours” peut aggraver certaines pathologies, notamment dans le syndrome de fatigue chronique ou certaines maladies auto-immunes et neurologiques.
3. Le fameux cortisol "élevé"
Un taux de cortisol élevé est souvent interprété comme un simple problème de stress. Or, il peut être la conséquence d’un déséquilibre plus profond (inflammation, infection chronique, dérèglement hormonal, pathologie sous jacente…).
Agir uniquement sur le stress sans chercher la cause peut limiter l’efficacité des approches et être risqué.
Pathologies complexes, réponses complexes
Des conditions comme le syndrome post-COVID, les troubles dysautonomiques (comme le POTS), la borréliose, l'encephalomyelite myalgique (EM/SFC), ou certaines maladies auto-immunes illustrent à quel point les mécanismes sont multiples et imbriqués.
Dans ces situations, appliquer des protocoles bien-être standardisés revient à ignorer la singularité du terrain.
Chaque organisme a ses propres limites, ses propres besoins, ses propres rythmes.
Le poids de la culpabilité
L’un des effets les plus insidieux de ces discours bien-être est la culpabilisation.
Quand une personne malade ne parvient pas à suivre ces recommandations, elle peut ressentir :
un sentiment d’échec,
l’impression de “ne pas faire assez”,
voire la croyance que sa situation est de sa responsabilité.
Or, dans de nombreux cas, ce n’est pas un manque de volonté. C’est une question de capacité réelle du corps.
Vers une approche plus juste et individualisée
Face à ces constats, il est essentiel de proposer une autre vision du bien-être :
Adapter plutôt qu’imposer : chaque conseil doit être modulé selon l’état de la personne.
Respecter les limites du corps : le repos fait partie du soin.
Valoriser le “faire au mieux” : et non la perfection.
Observer avant d’agir : comprendre les mécanismes propres à chaque individu.
En phytothérapie, par exemple, les plantes peuvent être d’un grand soutien mais leur choix doit être précis, progressif, et adapté au terrain. Il ne s’agit pas d’ajouter une solution de plus, mais de soutenir intelligemment l’organisme.
Redéfinir le bien-être
Le bien-être ne devrait pas être une norme rigide ou une performance.
Pour une personne atteinte de maladie chronique, le bien-être peut être :
réussir à écouter son corps,
respecter ses besoins du jour,
accepter ses limites sans culpabilité,
trouver des micro-équilibres dans un quotidien instable.
C’est une approche plus douce, plus réaliste, mais aussi profondément plus respectueuse.
Conclusion
Les conseils bien-être ne sont pas universels. Ce qui aide une personne en bonne santé peut ne pas convenir à une personne malade et inversement.
Repenser ces recommandations, c’est reconnaître la complexité du vivant, sortir des injonctions simplistes et remettre l’individualisation au cœur de l’accompagnement.
Parce que dans les maladies chroniques, prendre soin de soi ne consiste pas à faire plus mais à faire juste.

ELISA VACQUANT,
Infirmière D.E
Conseillère en naturopathie Certifiée, Approche Intégrative
Professeure de Yogathérapie Certifiée
RDV en distanciel
Contact :
06 51 73 98 14




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